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Les nouvelles façons de faire et d’être ensemble, parents et professionnels

Les nouvelles façons de faire et d'être ensemble, parents et professionnels

Être parent est une question qui anime le réseau Acepp depuis 30 ans. L’ouverture de l’Acepp aux initiatives parentales diverses (centres de ressources, cafés de parents, Universités Populaires de Parents...) questionne une fois encore les nouvelles façons de faire et d’être ensemble, parents et professionnels. Le contexte est en évolution permanente mais les parents, pères et mères, continuent à développer des ressources et des compétences qui doivent être reconnues et valorisées… au risque de prendre le contre-pied de propos trop souvent entendus.

« Les enfants d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier, ils sont plus difficiles. »
La place de l’enfant dans la famille et dans la société a évolué. Autrefois, objet de l’éducation l’enfant, à travers les apports de Françoise Dolto, est devenu une personne à part entière. Il parle et doit être écouté. Il a un avis qui doit être pris en compte. Autrement dit, il a son mot à dire comme acteur de sa propre éducation. Pour autant, à un moment où l’autonomie est l’enjeu de tout projet éducatif, il reste plus dépendant que jamais de ses parents et de sa famille.

« La famille n’est plus ce qu’elle était... »
Les structures familiales se modifient, se multiplient : foyers avec ou sans mariage, recomposés, monoparentaux, homoparentaux… Par cette évolution, ce sont les places de chacun et les rapports entre les différents membres qui la composent qui sont bouleversés. Un fait qui est reconnu alors que, paradoxalement le modèle « traditionnel » de la famille perdure dans les représentations de la plupart des acteurs qui interviennent auprès des familles.

« Les parents ont changé : ils n’ont plus d’autorité, ils sont dépassés, ils ont perdu leurs repères, ils baissent les bras, démissionnent… » Être parent serait donc devenu difficile, ce qui ne signifie pas pour autant que cela ait pu être facile un jour. Mais on voit bien ici que la recherche de responsabilité tient lieu d’explication : les enfants ne sont pas comme ils devraient être, les parents ne font pas comme ils devraient faire… Les parents perdent effectivement les repères qui leur ont été transmis car les modèles éducatifs qu’ils ont connus jusqu’ici ne sont plus reconnus. La société leur en impose d’autres. Mais les clichés perdurent.

Les parents reçoivent des injonctions paradoxales de la part de la société et se retrouvent à devoir les gérer au sein de la famille. Il faut, par exemple, avoir de l’autorité, mais ne pas être autoritaire ; il faut accompagner l’enfant, mais favoriser son autonomie ; le laisser faire ses expériences, mais le cadrer. Tenir les cadres, punir pour certains, dialoguer pour d’autres. En fait, on fait porter aux parents des questions de société non tranchées. Il ressort de cette pression de la société sur les parents une fragilisation de ceux-ci. Ils sont dans le doute, cherchent à se conformer à ce qu’on attend d’eux dans le souci que leur enfant et eux-mêmes puissent se sentir intégrés dans cette société. Mais ils se coupent alors de leurs propres ressources, ont le sentiment de renier leur culture familiale. Ils expérimentent les différentes méthodes, sans succès le plus souvent et perdent ainsi confiance en eux.

Bien d’autres facteurs interviennent dans l’évolution de l’exercice de la parentalité. Les parents n’exercent pas cette responsabilité dans une bulle qui serait restreinte à l’univers familial. Ils s’inscrivent dans un environnement, un contexte politique, économique, social, culturel, éducatif, lui aussi en évolution (développement de la précarité, difficulté d’intégration des personnes migrantes et de leurs enfants) puis dans une mutation sociale plus large (inflation des exigences scolaires et exigences de diplômes et formations de plus en plus élevés pour accéder à l’emploi). Tous ces éléments impactent très fortement et inégalement les familles. De fait pour les familles les plus défavorisées, la société impose de nouvelles exigences sans leur donner les moyens de les réaliser : trouver un emploi et être présents auprès de leurs enfants, trouver un logement adapté aux besoins de la famille, suivre la scolarité de leur enfant alors que l’accès à l’école leur est difficile…

Les parents des milieux populaires, pour s’adapter à la précarité, inventent de multiples attitudes adaptées à leurs contraintes, à leur culture et leur contexte de vie. Mais ces compétences sont souvent rendues invisibles car on ne peut les percevoir et les comprendre que si on les resitue dans leur contexte. Interpréter des attitudes sans tenir compte du contexte, fait vite basculer dans le jugement. Le contexte est difficile, et en l’absence de solution les problèmes sont individualisés, faisant porter aux parents la responsabilité du trouble. Ce qui est sociologique devient psychologique.

Pourtant, dans ce contexte en évolution permanente, les parents continuent à développer des ressources et des compétences qui doivent être reconnues et valorisées. Si chaque parent se trouve en difficulté lorsqu’il est isolé, collectivement ils prennent conscience de leur force. Ils mettent en place des stratégies de solidarité, les aidant à analyser les phénomènes qui les traversent pour mieux y faire face. Ainsi par exemple, dans un projet piloté par l’Acepp, des groupes de parents, majoritairement de milieux populaires, issus ou non de l’immigration se sont constitués pour créer des Universités populaires de parents dans lesquelles, accompagnés par des universitaires, ils ont mené des recherches sur le thème de la parentalité. Désireux de faire entendre leur voix, de faire reconnaître leurs savoirs, ils se sont organisés pour déterminer collectivement un thème de recherche commun à chaque groupe, définir des méthodes d’animation interactive et une méthodologie adaptées. Le travail d’analyse et les résultats des recherches leur ont permis de prendre de la distance par rapport à leurs situations individuelles pour les replacer dans une approche plus sociologique. Un groupe a ainsi pu confirmer le désir des parents de transmettre des valeurs éducatives reçues dans le cadre familial telles que le respect, l’autorité, et ont découvert qu’ils étaient contraints de trouver des pratiques nouvelles, les leurs n’étant plus reconnues.

« Autrefois, quand le père parlait tout le monde se taisait et obéissait. Aujourd’hui il nous faut discuter, dialoguer, négocier, au risque de ne pas pouvoir se faire obéir, ce qu’on nous reproche. »
De la même façon, d’autres prennent conscience qu’ils souhaitent que leurs enfants soient intégrés dans le monde dans lequel ils vivent sans pour autant avoir à renier leur culture d’origine : "On voudrait que nos enfants se sentent appartenir à leur culture d’origine et à celle dans laquelle ils vivent, sans avoir à choisir entre les deux. Mais lorsqu’on évoque les valeurs qu’on a reçues de notre culture, les enfants nous répondent souvent : On n’est pas au bled ! Ici cela ne marche pas comme cela… Alors que pour nous, il s’agit de transmettre des valeurs qui nous tiennent à cœur."

Dans cette démarche qui leur a été proposée, la parentalité a pris une dimension nouvelle pour eux et pour ceux qu’ils ont invités à partager leur réflexion : professionnels, représentants d’institutions, ou élus. Disqualifiés individuellement dans leur façon de faire, ils ont collectivement retrouvé une assurance et une légitimité. Les accompagner a d’abord signifié reconnaître leurs compétences, "croire en eux", leur permettre de se fédérer pour retrouver les ressources qui sommeillaient en chacun d’eux et en créer de nouvelles ensemble, rejoignant ainsi le point de vue de Gérard Neyrand : "Les parents n’ont pas tant à être accompagnés à être "bons parents", ils ont surtout besoin d’être valorisés, rassurés, renforcés dans leurs compétences pour leur permettre de les exercer plus librement."

Les effets individuels ont été importants, même s’ils ne faisaient pas partie des objectifs de l’accompagnement. En tant que groupe, les parents ont été reconnus dans leurs savoirs, sollicités par des professionnels et des institutions pour témoigner de leur expérience, partager les résultats de leurs recherches.

De tout temps, les parents ont eu à faire des choix de valeurs et de pratiques éducatives dans un contexte donné. Lorsqu’il s’agit d’éducation, l’enjeu est de taille pour l’enfant, pour le parent mais également pour la société dans laquelle ils vivent. Si les parents semblent plus en difficulté aujourd’hui pour le faire, il est réducteur et abusif de leur en attribuer la seule responsabilité. La question est peut être de savoir s’ils ne savent plus faire, s’ils ne savent plus choisir ou si ce choix leur est rendu aujourd’hui plus difficile. C’est cette liberté que les parents interrogent et c’est dans ce choix qu’ils ont besoin d’être accompagnés. Tout l’enjeu des professionnels de la parentalité pourrait alors être de redonner aux parents cette liberté de choix. Reconnaître leurs valeurs et pratiques familiales sans jugement, partir des ressources et compétences des parents plutôt que des difficultés, pour leur permettre de les exercer.

Par Michelle Clausier,
responsable formation Diversité et Parentalité à l’Acepp

Pour aller plus loin :

- La charte Acepp des initiatives parentales

- Les actions autour de la parentalité à l’Acepp, présentation (document en pdf - 4 Mo).

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