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Lutter contre les discriminations dès la petite enfance

Depuis toujours, l’Acepp s’est positionnée et a lutté contre les discriminations dans les projets des lieux d’accueil petite enfance et dans les pratiques. La gestion d’un établissement d’accueil de jeunes enfants et de leur famille consiste à faire des choix, à gérer des priorités : dans la sélection des familles accueillies, dans la prise en compte des besoins des parents, dans la pédagogie mise en place.

C’est par ces choix qu’une famille sera accueillie alors qu’une autre ne trouvera pas de place, que les besoins individuels de chaque enfant seront ou non intégrés dans le projet pédagogique.

C’est pourquoi être attentif aux risques de discrimination et les combattre suppose d’inscrire cette dimension à tous les niveaux de projet du lieu d’accueil : du projet social au projet pédagogique.

Lutter contre les discriminations en interrogeant l’accessibilité du lieu d’accueil
« Nous on ne fait pas de différence… ! On accueille tout le monde… »
Il faut généralement entendre : on ne refuse pas l’accès de notre lieu d’accueil à une famille, sur des critères interdits par la loi.
Pourtant, le manque de places disponibles dans les lieux d’accueil de jeunes enfants conduit leurs responsables à sélectionner les demandes. S’il ne s’agit pas de discrimination au sens légal du terme [1], cette sélection inévitable produit une forme d’exclusion.

Le projet social du lieu d’accueil donne les orientations politiques qui guident le choix des critères retenus pour la sélection des familles accueillies. Toute la responsabilité des gestionnaires du lieu d’accueil est alors de poser des critères de sélection en étant conscients des incidences de leur choix, en tenant compte des contraintes de fonctionnement du lieu et des besoins des familles, en se donnant une échelle de priorités.
Fonctionner avec une liste d’attente par exemple facilite la gestion des places, mais revient à donner la priorité aux parents qui peuvent anticiper leurs besoins et, de fait, rend l’accès très difficile pour les familles en situation précaire.

Lutter contre toutes formes de discrimination, c’est chercher à répondre aux besoins des familles accueillies, mais également s’interroger sur le public qui n’est pas accueilli.

Lutter contre les discriminations en faisant de la diversité des enfants un support pédagogique
Juliette, Rayan, Nathanaël sont dans le même groupe du lieu d’accueil. Pour qu’ils puissent, aujourd’hui s’épanouir ensemble, et demain vivre et travailler dans un respect mutuel, chacun d’eux a besoin d’être reconnu dans son identité, c’est-à-dire de pouvoir se construire en étant fier de ce qu’il est, et d’être capable de vivre en relation avec d’autres êtres humains semblables et différents d’eux.

Être reconnu dans son identité , cela signifie que l’enfant perçoive par tous ses sens, au quotidien, qu’il est le bienvenu, tel qu’il est lui, dans le lieu qui l’accueille. Il peut le percevoir dans la relation que les adultes établissent avec lui, avec ses parents, dans l’aménagement de l’espace, dans le choix du matériel qui permet à chacun de s’identifier positivement.
Par exemple, Julia aime beaucoup qu’on lui raconte l’histoire de Nicolas qui va à l’école dans un fauteuil parce que, comme elle, il ne peut pas marcher.

Favoriser la construction identitaire positive de l’enfant c’est aussi lui assurer une sécurité affective en limitant les risques de rupture dans le passage du milieu familial à celui du lieu d’accueil..
C’est construire une cohérence éducative entre les deux mondes, lui permettre de percevoir que chaque culture familiale est reconnue et respectée dans le lieu d’accueil.
C’est faire en sorte qu’il retrouve ici des pratiques éducatives familiales : Isaac a l’habitude d’être dans le dos de sa maman. Celle-ci a montré aux professionnelles comment l’installer ; il peut ainsi y passer une partie de la journée, comme à son habitude, et les professionnels restent disponibles pour les autres enfants.

Dans ce travail, la collaboration entre parents et professionnels, est fondamentale

Permettre aux enfants d’être fiers de ce qu’ils sont passe par le respect affiché dans le lieu d’accueil envers leurs parents et leurs cultures. Montrer de l’intérêt pour les cultures familiales, en connaître les pratiques, intégrer certaines d’entre elles dans la pratique professionnelle, sont autant de marques de respect envers les parents et favorise l’estime de soi de l’enfant.
Savinien, comme tous les enfants, est sensible aux interactions entre les adultes. Quand les professionnels parlent à ses parents, ou de ses parents devant lui, il ressent leur attitude de respect, de non-jugement. Il perçoit, plus qu’il ne comprend, que ses parents et les professionnels sont partenaires autour de lui.

Un projet personnalisé dans un cadre collectif.

Ce n’est pas l’égalité, « la même chose pour tous », qui est mise en avant, mais plutôt l’équité : « à chacun selon ses besoins particuliers ». Cette individualisation sert de base à la pédagogie. Elle part de ce qui fait sens pour cet enfant-là, dans ce contexte-là : ses rythmes propres, ses habitudes, son tempérament, ses références identitaires. Le rôle des professionnels est, notamment, d’articuler l’individuel et le collectif, de rencontrer les besoins de chaque enfant et de favoriser la place pleine et entière de chacun dans le groupe.

Sensibiliser les enfants au non jugement au respect de l’autre

L’enfant très jeune perçoit et nomme les différences : « Tu as vu le monsieur là-bas, comme il est gros ? » créant un malaise qui conduit souvent à une réponse telle que « Chuuuuut ! Moins fort ! » Et pourtant, ce n’était pas un jugement de valeur, c’était un constat.
Mais à travers la réponse, il associe une connotation négative à la différence qu’il observe, il comprend que cette différence doit être tue, qu’il n’a pas intérêt, lui, à être « différent ».
Pour apprendre à vivre ensemble en se respectant, il faut aussi travailler sur les préjugés. Marc refuse de jouer au ballon avec Sybil parce qu’elle est une fille… Face aux attitudes et remarques discriminatoires des enfants, les professionnels ont la responsabilité de réagir. Ils doivent être attentifs à la fois à l’enfant « victime », en empathie avec ce qu’il ressent, mais aussi veiller à ne pas culpabiliser ni porter de jugement sur l’enfant « auteur ». Il importe de restaurer un lien positif entre eux.
Travailler la diversité avec les enfants demande une posture et une vigilance de la part des professionnels, une démarche pédagogique qui s’inscrit dans le projet, se vit et se questionne au quotidien.

Cette évolution est faite de petits pas, mais l’enjeu, lui, est de taille : il s’agit de respecter chaque famille pour que chaque enfant se sente respecté, de permettre à cet enfant, à ces enfants d’être conscients des méfaits des préjugés et de la discrimination pour les armer à mieux les combattre.

Michelle Clausier, coordinatrice et formatrice Parentalité et Diversité à l’Acepp
et
Quentin Verniers, coordinateur RIEPP (Réseau des Initiatives-Enfants-Parents-Professionnels)

Extrait de l’article de la revue Le Furet n° 66, Déjouer les discriminations.


[1] Discrimination : refus d’accès à un bien ou à un service (logement, emploi, école) fondé sur un critère interdit par la loi. Il existe actuellement 18 critères : L’âge - Le sexe - L’origine - La situation de famille - L’orientation sexuelle - Les mœurs - Les caractéristiques génétiques - L’appartenance vraie ou supposée à une ethnie (à une nation, à une race) - L’apparence physique - Le handicap - L’état de santé - L’état de grossesse - Le patronyme - Les opinions politiques - Les convictions religieuses - Les activités syndicales.

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