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Saint-Denis (93)

Parents : créer, innover, c’est encore possible

Parents : créer, innover, c'est encore possible

Il aura été facile de trouver le Jardin Picou au cœur du quartier populaire à l’allure de village encore tout en rénovation de la Porte de Paris, à Saint-Denis. Ce récent projet, entièrement neuf, a ouvert début 2014 à l’initiative de parents qui participaient avec leurs enfants, chez l’un d’eux depuis 2008, à un Atelier parental Steiner.

C’est là aussi qu’ils avaient ressenti collectivement le manque d’un accueil pérenne pour les enfants du quartier et commencé à rêver de l’existence d’une véritable crèche.

La crèche, basée sur la pédagogie Steiner, offre 20 places à tous les enfants Dionysiens à partir de 18 mois. Quand on la découvre, on ne reste pas indifférent. Sa position en angle de rue, son ossature en bois, ses volumes imbriqués, ses petites ouvertures, son toit plat sur lequel on devine une terrasse végétalisée, les grandes lettres de couleur qui forment son nom de crèche associative… tout se conjugue pour exprimer une taille et une activité humaines, le respect de l’écologie, l’insertion dans le quartier à la jonction entre une impasse tranquille au fond de laquelle se dressent les arbres centenaires du Parc de la Légion d’honneur et une rue bordée de constructions plus neuves qui laisse apercevoir le toit du Stade de France.
Une fois le seuil franchi, sérénité et sobriété se dégagent de l’aménagement qui met en forme et en couleur la pédagogie du lieu. On se sent bien. Des courbes, des tentures, les mobiliers rythment l’espace et facilite sa polyvalence. Jeux, jouets, poupées, garages sont en bois ou en matières naturelles. La cuisine communique avec l’ensemble par un bar mais aussi des ouvertures à hauteur d’enfants. Deux chambres spacieuses renforcent l’impression rassurante propice au développement de l’enfant. C’est la fin de la journée, une petite fille empile de grandes briques en carton qui décrivent un mur qu’elle décide de gravir et sauter. Ce n’est pas très stable, pas à pas, elle ose. En quelques minutes, elle aura trouvé ses propres limites qui vont l’aider à grandir. Les adultes ne sont pas loin.

Nous sommes du même quartier

Ici, les familles accueillies et les habitants du quartier sont les mêmes personnes. « Nous sommes tous du même quartier, nous vivions là et la crèche travaille à se donner les moyens de réaliser ce qui porte son projet associatif : la mixité sociale et culturelle des enfants et des parents. C’est ce qui nous a attirés quand nous recherchions un accueil pour notre fille ainée », remarque Laure.
Par ailleurs, le choix du projet pédagogique Steiner, pilier du lieu, aurait pu être un frein à l’ouverture sur le quartier. « C’est notre gageure », précise Emmanuel. « Le fait que, dès le départ, les parents ne fassent pas de permanences auprès des enfants, qu’ils animent l’association autour et en soutien à ce projet, a permis à des gens qui ne seraient pas forcément venus de venir. Des réunions d’information sont proposées à tous ceux qui se renseignent, habitants, associations…, la projection de films sur la pédagogie est envisagée, nous avons des liens avec des associations dont l’une a mis à notre disposition des machines-outils pour construire les bacs à plantes de la terrasse, une autre vient dans nos locaux faire de la danse… »

Éducation populaire in progress

« Les parents ne sont pas attendus pour leurs compétences et il ne leur est pas demandé d’engagement minimum », souligne Laure. « C’est pour moi la troisième année, et je constate avec bonheur que très peu de familles ne s’investissent pas. C’est une recherche constante pour que chacun s’approprie sans pression la mise en cohérence des projets pédagogique et associatif. Pourtant, la plupart des parents arrivent sans expérience associative mais ce que nous vivons ensemble autour des enfants, malgré nos différences, se fait dans un contexte sécurisé grâce à l’équipe pédagogique. » Dans ce fonctionnement, l’objectif est que parents et professionnels aient une place bien identifiée et reconnue. « L’idée est que chacun respecte la place de l’autre. On partage, on coopère et on prend en considération ce que l’un peut apporter ou attendre de l’autre selon qu’il soit parent ou professionnel », note Eric, éducateur de jeunes enfants, « il faut un cadre mais pas de rigidité. Les relations informelles sont aussi importantes pour créer ce lien, cette coéducation.  » Renald, un papa qui a connu le travail sur le changement de gouvernance et des statuts de l’association rebondit. « Nous apportons toujours plus de collégialité, de transmission, de transparence aux espaces de gestion, conseil collégial, réunions plénières et commissions. Dans l’organisation, nous essayons en permanence de créer le plus d’opportunités possibles pour que tout le monde se rencontre, vive des moments d’échange, que parents et professionnel-le-s se retrouvent, partagent ensemble. »

Propos recueillis auprès
d’Emmanuel, Éric, Laure et Renald du Jardin Picou (93)

Retrouvez l’article complet dans La Gazette de l’Acepp n°117, de janvier 2016 (page 14).

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